La compensation carbone vise à neutraliser (stocker) les émissions de gaz à effet de serre d’une entreprise. En d’autres termes, les entreprises financent des projets de compensation carbone pour neutraliser leurs émissions inévitables. La compensation carbone n’est pas une solution miracle, elle reste secondaire par rapport à un plan de réduction carbone. Mycarbone vous explique pourquoi.
1. La compensation naturelle
La reforestation et agroforesterie
La reforestation consiste à planter des arbres ou régénérer des écosystèmes pour absorber du CO2 via la photosynthèse. L’agroforesterie associe arbres et cultures pour stocker du carbone tout en boostant les rendements agricoles. Cette méthode de compensation carbone est la plus simple à mettre en place mais également très bénéfique sur la biodiversité. Quand on plante des arbres, on participe à réhabiliter un écosystème avec sa faune et sa flore, on crée des emplois et surtout on absorbe du CO2.
Toutefois il est important de noter qu’un arbre absorbe en moyenne 20 kgs de CO2 par an (variable selon espèce, âge et climat) ce qui est malheureusement dérisoire par rapport aux émissions de gaz à effet de serre d’un français par exemple de 10 tonnes en CO2e en moyenne par an. En reprenant ce même exemple, il faudrait planter 500 arbres pour compenser l’empreinte carbone d’un français par an! Par ailleurs, un incendie peut anéantir les efforts car le CO2 contenu dans le bois serait libéré. Il est donc important de coupler cette méthode avec un plan de réduction des émissions carbones.
Capture du carbone par les sols
Le sol est un réservoir naturel de carbone, il en stocke plus que l’atmosphère et la végétation réunies. Pour augmenter ce stock, on utilise des techniques qui favorisent l’accumulation de matière organique et limitent les pertes de CO2. La capture du carbone par les sols est efficace via des pratiques agricoles diverses : couvert végétal permanent, rotation des cultures et réduction du labour. Cette mesure permet d’améliorer la fertilité des sols financée par des labels de compensation carbone. La France soutient cette mesure à travers l’initiative 4 pour 1000 visant à augmenter de 0,4 % par an le stock de carbone des sols.
2. La compensation technologique
La méthanisation
La méthanisation est un processus biologique qui consiste à dégrader de la matière organique (déchets agricoles, fumier, boues de stations d’épuration, déchets alimentaires) en l’absence d’oxygène. Ce processus produit du biogaz (composé principalement de méthane, CH₄, et de CO₂) et un digestat (résidu riche en nutriments, utilisé comme engrais naturel). Le biogaz est utilisé pour produire de l’électricité, du carburant et de la chaleur. La méthanisation ne permet pas d’éliminer du CO₂ de l’atmosphère, mais elle évite des émissions massives de méthane (CH₄), un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le CO2 sur 100 ans, tout en remplaçant les énergies fossiles par du biogaz moins émetteur de CO2.
Bioénergie avec capture et stockage du carbone (BECCS)
La Bioénergie consiste à l’utilisation de biomasses (déchets agricoles, bois) pour produire de l’énergie. Le CO₂ émis lors de la combustion est capturé et stocké dans les sols notamment dans les anciens gisements pétroliers. Cette technologie est révolutionnaire car elle est capable de générer des « émissions négatives » à grande échelle : on cultive des plantes/arbres qui absorbent du CO₂ atmosphérique via la photosynthèse avant de les brûler et enfouir le CO2 dans les sols. Cette méthode est vivement soutenue à la COP24. Néanmoins, le coût d’installation reste élevé actuellement. Par ailleurs, il existe des risques de fuites du CO2 enterré. Cette méthode reste intéressante au niveau du climat mais peut poser des défis au niveau de la biodiversité en raison de l’utilisation des sols. Cette méthode nécessite du combustible qu’il faudra planter de manière durable pour rester dans un modèle vertueux et peut représenter un risque au niveau de la sécurité alimentaire de la population (moins de terres agricoles).
Capture directe dans l’air (DACCS – Direct Air Carbon Capture and Storage)
Cette technologie est basée sur des ventilateurs géants aspirant l’air ambiant et filtrant le CO₂ grâce à des solvants ou des filtres. Le CO₂ est ensuite stocké sous terre ou minéralisé sous forme de roche, on peut également le réutiliser pour produire des carburants synthétiques. A l’inverse des autres méthodes, celle-ci n’est pas dépendante des sols et des ressources naturelles. Les grandes entreprises compensent leurs émissions par cette méthode pour financer le modèle économique de la capture directe dans l’air. Cette technologie nécessite beaucoup d’énergie, les pionniers comme Climeworks et Carbon Engineering font appel à des énergies renouvelables comme la géothermie en Islande, toutefois ils utilisent aussi de L’énergie plus carboné comme du gaz naturel. Passer à une énergie 100% renouvelable représente clairement le défi de cette méthode. Par ailleurs, cette méthode est toujours onéreuse autour de 600$ la tonne de CO2 en 2026 mais devrait graduellement baisser avec l’installation de nouveaux équipements à un objectif cible de 100$ la tonne. On pourrait donc hypothétiquement compenser l’empreinte carbone actuelle d’un français avec 1000$.
3. La géo-ingénierie
Fertilisation des océans
Encore au stade expérimental, le principe de la fertilisation des océans est de stimuler la croissance du phytoplancton (microalgues marines) en ajoutant des nutriments (fer, azote) dans les océans. Le phytoplancton absorbe du CO₂ via la photosynthèse et le transfère en profondeur quand il meurt. Cette méthode est particulièrement controversée car elle risque de perturber les écosystèmes marins. Certains projets comme Ocean Nourishement Corporation en Australie sont en phase de recherche.
Météorisation améliorée
La météorisation permet d’accélérer un processus naturel à travers certaines roches (comme le basalte) absorbant du CO₂ en se dissolvant dans l’eau ou les sols. Il s’agit de la même roche qui absorbe le CO2 dans le principe de la capture directe dans l’air. Le but est d’épandre de la poudre de roche sur les champs ou les côtes pour capturer du CO₂ tout en enrichissant les sols. Cette méthode est peu coûteuse et améliore la fertilité des sols. Différents projets sont en phase de tests comme Project Vesta aux États-Unis ou encore Carbfix en Islande.
Il est important de remarquer que toutes ces méthodes ne suppriment pas le CO2 mais l’absorbent via les sols, les océans, les forêts… etc. On ne connaît pas la limite de ce que ces dernières peuvent absorber c’est pourquoi il est vitale de réduire les émissions de gaz à effet de serre en priorité et utiliser la compensation carbone de manière secondaire. Différents mécanismes existent pour permettre aux entreprises de compenser leurs émissions carbones pour atteindre une neutralité carbone notamment en privilégiant des labels reconnus qui garantissent la transparence et l’efficacité comme Gold Standard, VCS et le Label Bas Carbone en France. Le principe de neutralité carbone est bien évidemment à utiliser avec des pincettes car il est seulement possible grâce aux projets de compensation carbone.
Une réponse
Intéressant et complexe ! Merci pour cet article !